6 . L’EXPRESS Semaine du 22 au 28 juin 1999

Le sida et

les guerres neutralisent

les progrés accomplis pour les enfants

OTTAWA (PC) Les progrés indéniables re’alisés au cours de la demiére de’cennie en faveur du bien-étre des enfants de la planéte sont maintenant menacés par les guerres régionales et la propagation de l’e’pidémie du sida selon la directrice générale de l’UNlCEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance),

Carol Bellamy.

«Les défis sont immenses», affir- mait—elle, la semaine demiere, a l'occasion d’une conference a Otta- wa, ou elle etait de passage pour rencontrer des responsables cana— diens dans le domaine. Pourtant, les années 90 s’étaient bien enga- gées. Des efforts en matiére de vac- cination, de nutrition, d’acces a l’eau potable et de droits des en- fants, furent lancés dans la foulée du Sommet des enfants. Les résul— tats, 10 ans plus tard, sont pro— bants.

«A l'échelle mondiale, le taux de mortalité des enfants a connu une reduction. Moins d’enfants meu- rent aujourd’hui de causes évita- bles qu’il y a dix ans. Je parle ici de millions d’enfants, pas seulement de quelques-uns», explique Mme Bellamy, une Américaine energi-

ue. Tous ces progres sont aujour-

'hui menacés. Le sida se ropage et a déia commencé a in iger de terribles sévices sur la population des pays pauvres.

Le conflit récent au Kosovo a fait oublier, soutient Mme Bellamy, que d’autres parties du monde sont a feu et a sang. Et, dans toutes ces guerres régionales, les enfants souf- rent. «Les victimes des conflits ne sont plus des militaires: plus de 90 ”/0 d'entre elles sont des civils, par- ticulierement des femmes et des enfants.» Les enfants sont aussi utilise’s comme messagers, esclaves sexuels et soldats. Dans certains cas, au Sierra Leone par exemple, ils servent de boucliers humains.

«ll existe un grand nombre de pays ou des generations d’enfants ne seront pas allees a l’école.» Les organisations internationales font ce qu'elles euvent, mais les solu— tions sont imitees. ««Ce que nous tentons de faire, avec les autres organisations, c’est de tenter d’of— frir un minimum d’education méme dans les situations d’ur— gence», expliquest-elle.

Milosevic percu comme le plus gros obstacle a la normalisation

PRISTlNA (AP) L’Armée de libération du Kosovo (UCK) venant de signer un accord de démilitarisation avec l’OTAN qui occupe désormais la province yougoslave du Kosovo sous mandat des Nations Unies, le president Slobodan Milosevic est désormais percu par la com- munauté internationale et une opposition serbe de plus en plus visible comme le principal obstacle a la démocratisation, a la reconstruction et a la «normalisation» dans les Balkans.

Le president americain Bill Clinton a exclu lundi a Bonn de fournir la «moindre» aide a la recons— truction des ponts et infrastructures detruits en Yougoslavie durant les bombardements de l'(’)’l'AN. Les

tats—Unis participeront en revanche a l’aide humanitaire pour remettre en etat hopitaux et centrales electriques, afin d'alimenter la population en electricite, a precise M. Clinton,

Le chef de l’titat americain s'expri~ mait au cours d'une conference de

resse en cloture d'un sommet entre 'Union europeenne et les Etats-Unis a Bonn. Les liopitaux serbes, a-t-il explique, «doivent pouvoir fonction- ner». Mais reconstruire routes, voies ferrees ou ponts constituerait une aide economique qu'il n'est pas pos— sible de fournir tant que le president yougoslave Slobodan Milosevic est encore au pouvoir, a fait valoir M. Clinton.

Le president trancais Jacques Chirac avait estime lui aussi la veille que Slobodan Milosevic constituait «un gros obstacle» a la normalisation dans les Balkans, et il a invite les Yougoslaves a «en tirer les con-

rejoindre la communaute internationale. Robin Cook a d’autre part jugé que les atrocites com— mises au Kosovo etaient le resultat d’une «doctrine fasciste» et pouvaient étre comparees, a une echelle moindre, a l’Holocauste perpetres par les Nazis. «Les terrifiantes déportations mas- sives auxquelles nous avons assiste depuis l’ristina, et notamment l’usage fait des voies fer~ rees, viennent nous rappeller ce qui s'est produit sous Hitler en Allemagne et sous Sta ine en URSS», a-t-il relevé.

L’odeur de dechets en train de pourrir et le parfum Acre d’ordures brulees aux coins des rues

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Un soldat de I’OTAN et un Serbe qui pleure en quittant Ie Kosovo

albanais a déserté la ville, il y a plusieurs mois. Ces réfugiés ne sont pas encore rentre’s. Auiourd'hui, ce sont les employés serbes qui fuient la paix, créant un vide que les employés de l’ONU et des autres organisations interna- tionales seront peut-étre amenés a combler.

Sur le papier c’est l’ONU qui administre le Kosovo, mais sur le terrain l’Armée de liberation du Kosovo s’est emparée de certains edifices municipaux, intervenant méme dans une dis- pute entre Albanais et des médecins serbes a ’hopital de Pristina.

La presence insolente de l’UCK fait fuir les civils serbes ui ne se sentent pas protégés par IONU et suivent donc par dizaines de milliers leurs troupes dont le art est révu par l’accord de paix. Viitor Do ic, le ditecteur de la compagnie des eaux de Pristina, a ainsi vu ses effectifs s'effondrer pas- sant de 400 a moins de 100 rsonnes depuis l’exode albanais. eaucoup de bureaux au siege de l’entreprise restent fermés. Mais, méme endant les pires bombardements de ’OTAN, Pristina n’a jamais éte’ rivée d’eau plus de 24 heures d’affilee, a souligné

. Dokic. Lui et ses employés

restants ont méme réussi a se débrouiller lorsqu’une frappe de l’OTAN a détruit une importante sta- tion de pompatge. Malgré ses ef orts, Viktor Dokic se laisse gagner par la resignation. «Nous connaissons tous la situa- tion», a-t—il dit, lassé. «Les Serbes paniquent et ils partent. Les convois sont e’normes».

Le secrétaire général de l’ONU , Kofi Annan a confirmé lundi matin ‘5 , que le futur statut du Kosovo serait un statut d'autonomie. «Ni indé en- dance, ni partition, mais ’au- tonomie», a souligné Kofi Annan a la

sequences» (c'est-a—dire de se delmr- rasser de Milosevic). ul’lus vite ils le feront, mieux cela vaudra pour tout le monde», a declare le chef de l’Ftat trancais au cours d'une conference de presse, a l'issue d u sommet du (38.

Evoquant la decouverte de charniers au Kosovo, Jacques Chirac a souligne qu'ils prou~ vaient que les forces militaires serbes «ont obei probablement a des ordres, en tout cas a des reflexes inadmissibles, injustifiables». Selon Jacques Chirac, ce n’est pas aux OcCidentaux de «re ler le probleme» Milosevic, mais aux Serbes. Et ill. a estime qu'«au]ourd’hui les yeux s'ouvrent en Serbie, et cue les Serbes comprennent les erreurs accumulees».

Meme son de cloche a Londres, ou le secre~ taire au Foreign Office Robin Cook a estime que la Serbie devra livrer Slobodan Milosevic et les autres responsables inculpes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanite si elle espere

lanent clans Pristina, le chef-lieu du Kosovo iivre a lui-meme. Les employés municipaux serbes ont fui la ville ces derniers jours, et ceux d'origine albanais‘e ne sont pas encore rentres. Cela fait des semaines que personne n’a ramasse les ordures, qui s'entassent dans les rues, et que personne n’a conduit les bus rouges qui sont cen- ses les emporter a la décharge municipale. Les services de telé hone et de distribution d’eau sont egalement aissés a l’abandon.

«La ville fonctionne a peine», constate Susan Manuel, la pone-parole de l’équipe des Nations Unies chargee de a reconstruction de Pristina et du reste du Kosovo. «Va-t-elle encore moins bien tourner dans les iours c ui viennent? S'il le faut, nous amenerons assez e personnel pour la faire fonctionner».

Fuyant les combats, le personnel municipal

radio européenne.

Plusieurs chefs de gouvernement de l'OTAN estiment toutefois nécessaire d’organis- er eventuellement un re'fe'rendum sur l’avenir politique du Kosovo. Une majorité de ses habi- tants pourrait alors opter pour l’indépendance ou le rattachement a l’Albanie.

«D’abord on doit se pencher sur le robleme humanitaire», a estime’ le chef de l’O U, évo- quant le retour des 850 000 réfugiés kosovars. Le secretaire general de l’ONU ne veut ce endant pas oublier les Serbes du Kosovo. « doit respecter les droits de tous les habitants du Kosovo», a—t-il affirme.

«A part le cote’ militaire, l’ONU s’occupera de tous les autres aspects de la vie quotidienne», a precise Kofi Annan, ajoutant qu’«un represen- tant special du secre’taire géneral» un Euro- peen —’serait nommé au Kosovo pour conduire ces operations.

Karaha s’y rendront.

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Faibles perspectives de paix au Congo

KINSHASA, Congo (AP) Le ministre congolais de l’Intérieur Gaetan Kakudji a affirme dimanche que les forces gouvemementales ont mis en déroute les rebelles ‘a Manono (sud-est) et envo é par le fond un navire transportant des soldats venus du Burundi sur e lac Tanganyika.

Du cété des rebelles et de leurs allie’s rwandais, on démentait ces informations. Ces nouveaux combats surviennent alors ue doivent s’ouvrir vendredi a Lusaka (Zambie) des pourparlers dirigeant rebelle Emile llunga et son chef des renseignements Bizima

e paix. Le

Par ailleurs, un ministre rwandais proche du président Pasteur Bizimungu estime improbable de signer un accord de cessez-le-feu avec le régime du president congolais Laurent-Désiré Kabila. Le principal obstacle a la signature d’un cessez-le-feu serait le refus par Kabila de de’sarmer quelque 5000 miliciens hutus rwandais, membres des milices

es du génocide de 1994 au Rwanda et combattant actuelle- ment aux cfités des forces gouvemementales.

Temps difficiles pour l’adoption internationale

MONTREAL (PC) ll y a de plus en plus d'enfants vendus dans le monde et aux Etats-Unis, des sites lntemet permettent l’adop- tion en direct. «C’est une pure catastrophe», estime le Dr Jean-

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Francois Chicoine, pédiatre vedette du Québec qui est a la téte de la Clinique internationale sur la santé des enfants adoptés.

«Heureusement au Quebec, la presence d'organismes d’aide repu- tés a l’echelle internationale et le Secretariat a l'adoption nous prote— gent contre ces adoptions virtuelles insensées», constate le Dr Chicoine. Le Vietnam vient de fermer ses portes a l'adoption a la France parce qu'il y avait trop d'enfants vendus; le Paraguay a ferme defini— tivement ses portes a l’adoption internationale pour freiner la vente de bébes.

Des avocats arrivent dans les pays et s'informent s'il n’y a pas des emmes dans les villages inte- ressées a vendre leurs bebes. Cer~ tains se font offrir des fortunes. Et maintenant voici qu'lnternet vient augmenter cette catastrophe,

Les parents prennent de tres gros risques car ils ne connaissent absolument pas l’etat de santé des bébes qu'ils adopteront. Dans les anciennes republiques sovietiques, les enfants sont au\ irises avec des meres alcooliques et es bulletins de santé signes par les medecins sont une pure fantaisie, tout a fait illisi— bles», aioute le Dr Chicoine,

Ce stxicialiste rappelle que les parents qui adoptent, contraire— ment a ce qui est souvent vehicule, ne posent pas un geste humani- taire. «A mes yeux, ils recherchent un bonheur familial et ce n'est pas tout le monde qui peut adopter un

bebe. Tout se vit dans une emotion extreme. D’ou l’importance d’étre bien conseillé. Moi, si je vois un bebe sur vidéo, je vais étre capable de dire aux parents si leur enfant souffre de aralysie cérébrale ou d'une malaclie grave.»

ll ne faut jamais oublier, aioute-t- il, que ces enfants sont des sur- vivants. «Et la beauté avec des bebés adoptés, c’est que malgre de graves traumatismes, ils sont capa- bles de rebondir magnifiquement bien. Ils ont une force que les autres enfants n’ont as. N'oublions pas que pour un bglaé survivant, il peut y avoir eu neuf morts.»

Le grand succes de l'adoption internationale au Quebec, ce sont par contre les petites filles de Chine qui sont en excellente santé, affirme le Dr Chicoine.

En Chine, les filles sont des enfants de trop, Des meres vivent des‘ grossesses a terme et vont porter courageusement la deuxie- me fille de la famille a l’orphelinat mur adoption. Ces femmes se sont Lien nourries lorsqu’elles etaient enceintes.

Au Quebec, entre 800 et 900 enfants sont adoptes a l'echelle internationale chaque année. C'est beaucoup, car si on regarde propor— tionnellement a la population, les Américains en adoptent 9000 et la France 3000.

Enquéte sur les sectes

PARIS (AP) «Pompes a fric», «pouvoir totalitaire», «victimes a ramasser a la petite cuiller»: les membres de la commission d’en- quéte parlementaire francaise sur la situation financiere et patrimo- niale des sectes ne machent pas leurs mots.

Leur rapport, rendu public jeudi demier, met en eVIdence un pheno— mene de plus en plus opaque. 'I‘rois ans et demi apres la premiere enquéte parlementaire sur les mou- vements sectaires en France, dont les travaux n'avaient pas eu le retentissement escompte, ce rapport vient confirmer la puissance finan— ciere acquise par certaines organisa- tions comme a Scientologie et les Témoins de Jehovah, deux des géants du genre.

Pour resumer cette evolution depuis 1995, le phenomene sectaire a «gagné en mercantilisme ce u'il a perdu en spiritualismen, a sou i devant la presse le depute socia iste Jacques Guyard, president de la commission d'enquéte. La physio~ nomie des sectes a subi d’impor- tants changements ces dernieres années. Si elles continuent a s'en- richir et a attirer des adeptes, les structures sectaires le font de plus en plus souvent sous couvert d’un statut d’aSSociation. Cette parade leur ermet notamment de be’néfi~ cier Ees avantages fiscaux que leur donne leur apparente absence de lucrativité.

Bon nombre se revendiquent aussi associations culturelles, ce qui leur donne droit a des exonerations fiscales non négli eables. Elles béné- ficient pour cela (is decisions fluc— tuantes des tribunaux administratifs a leur endroit. C’est ainsi que les Te- moins de Jehovah ne paient la taxe fonciere que sur une petite par- tie de leur parc immobilier, estime a un millier d'immeubles‘

Autre métamorphose recente des mouvements sectaires, beaucoup s’abritent desormais derriere l’ap-

ellation respectable d'association

umanitaire. Certains sont d’ores et de’ja reconnus comme organisations non gouvernementales (ONO), et jouissent d’un statut d’utilite publique.

Ces structures profitent en outre de certains domaines mal contrbles, comme la formation professionnelle, pour développer leur poids econo- mique. C’est notamment en fac- turant des stages aux entreprises et aux particuliers que des sectes d’origine americaine comme la Scientolo ie, la Methode Avatar ou Landmarl: ont construit leur puis~ sance.

D’importantes sectes telles Rose- Croix, Soka Gakkai ou Mahikari ont généralisé la pratique du don en échange de prestation, ce qui equi- vaut a des activités commerciales. D’autres comme Dia Nova ou les Témoins de Jehovah font une utili- sation abusive de «bénévolesn.

Mal re l'entrée en vigueur de nouvel es incriminations (abus de faiblesse, travail dissimule et blanchiment), 1e nombre des

laintes Visant des sectes reste Ifn’aibles. On assiste de surcroit a un «taux élevé de desistement parmi les plaignants», tandis que bon nombre des victimes sont «a ramasser a la petite miller», selon le rap orteur de la commission.

elleAci su gere en outre la crea-

tion d’un «de it de mani ulation mentale» et d’un poste e magistrat «specialement forme pour traiter des questions sectaires».

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Le syndrome de Jerusalem continue de sévir

JERUSALEM (AP) - On ne compte plus les pelerins qui, apres quelques jours passes dans la ville sainte, s’identifient a des person- nages bibliques, de'clament des psaumes, tentent de convertir leur prochain ou s’habillent avec les draps de leur chambre d’hotel.

Les religieux et les autorites de Jerusalem se sont reunis pour discuter de la prevention et du traitement de ce trouble, qui frap- perait un pelerin sur 100 et menace de perturber les festivites du Grand Jubilé de l’an 2000 Quatre millions de chretiens sont en effet attendus en lsra'el et dans les territoires pales‘v tiniens et l'on n'ose imaginer les consequences du syndrome a one telle echelle.

Le commissaire a la sante men— tale de Jerusalem, le Dr Yair Barel, qui a le premier diagnostique la maladie, predit que 40 000 pelerins pourraient étre affectes par le syn— drome. Sur ce nombre, (200 a 800 pourraient necessiter une hospitali- sation et un certain nombre com- mettre un acte desespere.

Les autorites israeliennes sont deia sur le qm-vivu lilies ont ainsi ex Wulse une secte americaine, les «(.oncerned Christians», qui s'etait installee en Israel ll v a quelques mois. La wolice soupconnait ses adeptes JP fomenter des actions violentes pres de lieu\ saints afln de provoquer une apocalypse et la venue du Christ.

Se voulant rassurant, Richard Mathes, l'attache culturel du Vatican en lsrael affirme n'avoir observe que detn cas en vmgt ans. l‘lus que le syndrome, Mgr Mathes redoute surtout que la visite du pape Jean Paul H prevue a Jerusalem en mars prochain n'attire de nombreux fana- tiques en terre sainte