DISTRIBUTIONS D’EAU . 303

la méme vallée, a une distance de 800 metres seulement,) montre clairement Pin- tluence causale de Peau potable: Saint-Ben possédait et posséde encore une population saine, forte, intelligente, tandis qu’a Bozel la commission sarde trouva, en i848, 900 goitreux et 100 crétins sur 1,472 habitants. Aucune difference d’alimentation ni d’habitudes entre les deux localités, seulement ditférence essentielle dans la qualité de Peau potable. Alors, la commune de Bozel, en dépensant 10,000 francs, fit amener de Saint-Ben Peau d’une source reconnue bonne. Les effets dépassérent toute attente. Les families qui burent exclusivement les nouvelles eaux ne mirent plus dc crétins au jour et la génération actuelle de Bozel est redevenue saine et belle ; toutefois, on rencontre encore de temps en temps un crétin parmi les familles pauvres qui continuent de faire usage des eaux infectées de la localité. ~

Voila donc deux communes situées a 800 metres l'une de l’autre, dans la méme vallée. Les habitants y ont absolument les mémes habitudes, la méme alimentation; ils s’y trouvent, en un mot, dans les memes conditions hygiéniques, sauf qu’ils ne boivent pas la méme eau". L’une renferme 900 goitreux sur 1,472 habitants, tandis que l’autre posséde une population saine et intelligente. Or, la commune qui a des goitreux fait venir les eaux de la commune qui n’en a pas, et les goitreux disparais- sent, sans que pour cela il se soit produit le moindre changement dans les habitudes ou dans les conditions hygiéniques de la commune.

L’influence de l’eau potable est donc incontestable.

Un mot aussi a propos de ce qu'a dit M. Gérardin des palmellas qu’il a trouvées dans les 'eaux de Paris et auxquelles il a attribué une influence que je conteste.

Uexistence de ces palmellas a été signalée depuis longtemps dans les eaux maré- cageuses ainsi que dans Patmosphére des marais, et depuis que Salisbury a voulu trouver en elles la cause efficiente de la fiévre palustre, de nombreuses recherches ont été entreprises sur ce sujet. La conclusion a laquelle on est arrivé aujourd’hui, c’est

_que Salisbury, comme M. Gérardin vient de le faire, avait confondu un rapport de coin- ,cidence avec un rapport de causalité. Au reste, il ne fallait pas découvrir des spons de

palmellas pour produire Pexplosion de la fiévre intermittente; il suffisait de constater le fait des inondations.

Ce que je viens de dire des palmellas se rapporte de tous points aux vibrions, aux bactéries, ete., dont nous a encore parlé M. Gérardin. Il ne suffit pas d’en découvrir dans une eau potable pour établir un rapport de causalité entre ces organismes micros- copiques et une maladie quelconque.

M. Hucum, doeteur en médecine (Paris). Les travaux et les procédés oxymétri. ques de M. Gérardin m’ont fortement intéressé, d’autant plus que ses recherches sur

la quantité (Poxygéne contenue dans l'eau sont un pas vers Pétnde dynamométrique de

ce précieux liquide.

La lumiére, la chaleur, Pélectricité, ces trois grandes modalités de la force dans la nature, n’auraient-elles pas une influence sur les qualités de Peau? Vous avez entendu M. Laussedat, a propos du goitre et du crétinisme, vous dire que ces affections terri- bles disparaissent comme par enchantementflorsquo les individus qui en sont victimes sont retirés des lieux obscurs oii ils vivent et transportés dans des localités bien aérées et recevantles rayons du soleil, sans que la nature des eaux qu’ils boivent ait subi de modifications appréciables.