756 TROISIEME SECTION. ECONOMIE SOCIALE.

Avant d’aller plus loin, laissez-moi dire un mot sur la maniere dont il convient de traiter les détenus, en général. Il n’est homme si pervers qui ne soit sensible aux bons procédés. Appelez a assassins, voleurs, vagabonds» les gens qui ont mérité ces qualifi- cations blessantes, vous les aigrirez, vous les indisposerez contre vous et vous perdrez ainsi une partie de l’influence que vous pourriez exercer sur leur esprit. Dans mes rapports avec ces malheureux, j’ai toujours eu soin d’éviter toute personnalité 0t méme toute allusion désagréable, et je suis parvenu facilement a m’en faire respecter, aimer méme au point de les voir s’ingénier a faire ce qui pouvait me plaire et éviter ce que j’aurais blamé. J'ai dompté ainsi bien des natures vicieuses.

On a parlé souvent, a propos des moyens propres a exercer le patronage, du projet d’acc0rder aux libérés des secours en argent. Je combats le projet en faisant ressortir cette vérité que Paumone dégrade Phomme et le rend paresseux. Donnez un sou a un ouvrier, vous en ferez aisément un mendiant, un Vagabond ; faites gagner un ,sou h. un mendiant ou a un vagabond, vous arriverez peut-étre a lui faire aimer le travail. ll ne faut donc pas faire Paumone aux libérés; il faut chercher a leur procurer du travail. Cependant, j’admets avec M. Vander Linden qu’on peut accorder de Pargent au libéré que l’on veut expatrier.

Je suis également d’accord avec Phonorable rapporteur pour engager le gouveroe- ment a organiser un vaste systéme d’exportation ou d’expatriement pour tous les cri- minels récidivistes ou incorrigibles. I1 faut éloigner a jamais les mauvais sujets du milieu danslequel ils ont vécu en les transportant sous un ciel et dans des climats étrangers on tout changeant pour eux, moeurs et coutumes, leurs idées changeront peut-étre également;

Permetteamoi, messieurs, de faire une remarque a cette occasion. La Belgique n'a pas de colonies. Mais si nous en croyons les journaux politiques. il serait question d’ouvrir le centre de l’Afrique au monde civilisé, sur Pinitiative du Roi des Belges, qui aurait chargé notre infatigable secrétaire, M. Stevens, d’aller y étudier les moyens d’établir dans ces régions une colonie pénitentiaire. S’il en est ainsi, au nom de ses amis et au nom de tous ceux qui s’intéressent au patronage des condamnés libérés, je souhaite a notre excellent collégue et ami M. Stevens un bon voyage et un plein succés. '

J’arrive, maintenant, a la question capitale, a Porganisation des Comités de patronage. Je serai trés-court. messieurs ; je ne veux pas abuser de votre bienveil~ lante attention. l '

M. Vander Linden a parlé des Commissions administratives des prisons qui fonction- nent dans notre pays. Je vous dépeignais tout~a-l’heure, messieurs, notre systéme de decentralisation centralisée. Eh bien! figurez~vous qu’on a institué, en Belgique, des Commissions officielles pour les prisons et qu’aulieu de leur donner pour attribu- tions tout ce qui a rapport aux détenus, a leur amelioration morale, intelléctuelle et physique, on les a chargées de fonctions exclusivement administrativesComme si dans l’administrati0n de nos maisons d’arrét cellulaires et autres il n’y avait pas assez de rouages avec les bureaux du Ministére de la Justice, Padministrateur de la siireté publique, Pinspecteur-général du service médical de Parmée, les inspecteurs et con- troleurs spéciaux et tous les procureurs du Roi ! Dans cette hiérarchie ofiicielle, on est venu intercale-r des Commissions mixtes, composées de personnes trés-honorables, sans doute, mais pom-la plupart incompétentes dans les afiaires de pure administration des

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