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creation d’une marine canadienne, composée de navires construits au Camda, par des ouvriers canadiens, avec des équipages recrutés au Canada et com- mandés par des officiers canadiens. Je ne pouvais blamer le chef du part!’ libéral de dire que cette marine canadienne servirait a protéger les cétes du Canada et a renforcer la marine britannique en temps de guerre et favaic pour me justifier de penser ainsi le fait de l’Australie.

De son c6té, M. Bourassa entreprenait un grand mouvement centre la projet de sir Wilfrid Laurier. Je le crus sincere. Mais ma clésillusion fut complete quand, en 1911, je le vis faire cause commune avec les imperiali- sants de l’Ontario et avec l’élément le plus malsain de notre pays, les oran- gistes, en vue, non seulement de battre en bréche la politique du parti liberal, mais bien surtout en vue d’abattre son illustre chef.

On ne m’en voudra pas de dire que je ne pouvais comprendre qu’un homme de la valeur ole M. Bourassa et qu’un journal comme le “Devoir," tout deua: se proclamant les champions de notre race et les adversaires irréducti- bles de Vimpérialisme se soient mis a la remorque d’un fanatique comma Wi~ lison et d’un organe “jingo” comme le “Toronto News.”

De ce jour je n’eus plus confiance dans le chef nationaliste ni foi en so

doctrine; dans celui qu’autrefois faurais proclamé un des plus grands po- triotes du Canada, je ne voyais plus qu’un démagogue.

Depuis la guerre, l’attitude de M. Bourassa ne m’a fait que regretter dc plus en plus de m’e‘tre si bétement trompé, et alors que le parti conservateur,

bien a tort il est vrai, voulait tout sacrifier dans cette guerre au salut d0

PEmpire, et que le parti libéral demandait la cooperation du Canada pour l0

triomphe de la civilisation sur la barbarie, on vit M. Bourassa, consciemment ou inconsciemment, METTRE SA PAROLE ET SA PLUME AU SERVICE DE L’ALLEMAGNE.

Si étonnant que paraisse cet avancé, je compte établir péremptoiremcnt qu’il est fondé. Et la tache me sera facilitée par M. Bourassa lui-méme, dont je citerai, le plus possible, les écrits et les discours.

De cette fagon, on ne pourra rrfimputer aucun moyen subtil, non plus qu’aucune intention de ternir l’éclat du nom de notre “illustre compatriots.” Et je demande qu’on voie dans Pexposé cle ce travail bien plus une contribu- tion a Phistoire qu’une oeuvre de polérnique et si parfois on est tenté de trou- ver trop sévéres mes jugements et trop dures mes expressions, qu’on songs d’autre part que M. Bourassa n’est pas celui de nos écrivains qui ménape le plus ses mots et ses termes.

Ce modeste ouvrage n’aura surernent pas la valeur littéraire et oratoire des écrits du directeur du “Devoir” ou des discours du tribun nationabisto,‘ mais, au moins, pourra-t-il se réclamer d’étre une oeuvre de bonne foi, zme oeuvre de justice et cle reparation.

Qu’on l'accueille ainsi, et j’aurai réalisé mon unique ambition.

E. ROUX. Montreal, 2 mai 1917. -